{"id":827,"date":"2011-07-12T10:55:13","date_gmt":"2011-07-12T08:55:13","guid":{"rendered":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/?p=827"},"modified":"2011-07-05T16:57:39","modified_gmt":"2011-07-05T14:57:39","slug":"lettre-du-26-mars-1917-demilie-sibaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/2011\/07\/lettre-du-26-mars-1917-demilie-sibaud\/","title":{"rendered":"Lettre du 26 mars 1917 d&rsquo;Emilie Sibaud"},"content":{"rendered":"<h4>Vincennes, le 26 mars 1917<br \/>\nLundi matin<\/h4>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon ch\u00e9ri,<br \/>\nJe viens de recevoir ce matin ta carte qui aurait d\u00fb me parvenir hier au courrier de 3h \u00bd, mais comme\u00a0 le dimanche il n\u2019y en a que le matin, je n\u2019ai donc pas eu la joie d\u2019avoir de tes nouvelles hier.<br \/>\nTe voil\u00e0 encore dans la bousculade et avec cela du vilain temps, comme c\u2019est ennuyeux. Aujourd\u2019hui il pleut, une sale pluie fine, plut\u00f4t une bruine mais il ne fait pas froid. Hier Yves est all\u00e9 \u00e0 Saint-Mand\u00e9 avec maman. Je l\u2019avais habill\u00e9 en blanc, tout le monde le regardait. Le blanc le fait ressortir, il \u00e9tait vraiment mignon comme cela. Moi je suis rest\u00e9e au coin du feu avec s\u0153urette \u00e0 penser \u00e0 l\u2019absent. J\u2019aime ma solitude. Je puis me retirer en moi-m\u00eame et \u00eatre tout \u00e0 toi, tien je t\u2019\u00e9cris encore des b\u00eatises !<br \/>\n<span style=\"color: #000080;\">Cette destination des redoublants aux S\u00e9n\u00e9galais ne me dit rien, il est vrai qu\u2019en ce moment et encore davantage un peu plus tard, le front fran\u00e7ais sera durci, on dit m\u00eame plus durci que Salonique. Je crois qu\u2019en ce moment rien n\u2019est bon !<\/span><br \/>\nNe t\u2019inqui\u00e8te pas de mes malaises, ils deviennent de moins en moins fr\u00e9quents. Je vois bien maintenant quand aux causes d\u2019inqui\u00e9tudes, malheureusement cela on n\u2019y peut rien ; quelle vilaine \u00e9poque que nous vivons ! On se demande comment on existe encore, en presque bonne sant\u00e9 ! Nos chers petits sont pour moi le meilleur r\u00e9confort. Ils sont ma raison d\u2019\u00eatre, je crois que si je ne les avais pas, je ne pourrais rien faire ; la pens\u00e9e tourment\u00e9e passant du noir au bleu, de l\u2019espoir au d\u00e9sespoir essayant de percer l\u2019avenir.<br \/>\n<span style=\"color: #800080;\">Partout notre offensive a fait na\u00eetre des espoirs. On parle beaucoup qu\u2019il n\u2019y aurait pas une campagne d\u2019hiver. Serait-ce vrai ? Je n\u2019ose l\u2019esp\u00e9rer, mais je le souhaite de toutes mes forces de tout mon c\u0153ur. Dieu fasse que le No\u00ebl prochain nous soyons r\u00e9unis tous autour de la chemin\u00e9e \u00e0 contempler l\u2019\u00e9tonnement ravi de Toto devant les joujoux nouveaux trouv\u00e9s dans ses petits souliers, en attendant qu\u2019au suivant Marcelle joigne les siens.<\/span><br \/>\nHier j\u2019ai \u00e9crit \u00e0 Clermont, je te mets le brouillon. Ils sont tous bien affectueux et bien aimables pour nous et les petits. Les Bellet sont forts de nous envoyer des programmes, comme si leur cabotinage avait quelque chose d\u2019int\u00e9ressant pour nous. Ce serait ridicule, pour ne pas dire ironique si je ne connaissais leur b\u00eatise !<br \/>\nJe pensais sortir aujourd\u2019hui, aller jusqu\u2019\u00e0 la poste avec Yves mettre ta lettre, mais vu le temps, je me demande si j\u2019irai pour une premi\u00e8re sortie, \u00e7a ne serait peut-\u00eatre pas tout indiquer !<br \/>\nJ\u2019esp\u00e8re te lire plus longuement \u00e0 3h \u00bd, \u00e0 moins qu\u2019il n\u2019y ait encore un d\u00e9rangement dans la poste ! On ne sait jamais.<br \/>\nSi tu viens \u00e0 P\u00e2ques, il n\u2019y a plus longtemps avant de te voir. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 mon impatience est grande de te voir, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 je me dis que cela avance ton d\u00e9part de l\u2019\u00e9cole alors\u2026 je ne sais plus que souhaiter surtout avec la perspective des S\u00e9n\u00e9galais au bout, mais qui sait, peut-\u00eatre que l\u2019on pourrait faire autre chose. Je voudrais bien pouvoir causer un peu avec toi autrement que par lettre, savoir un peu comment l\u2019on proc\u00e8de pour vous incorporer et bien d\u2019autres choses encore.<br \/>\nTu vas sans doute recevoir bient\u00f4t ton colis.<br \/>\n<span style=\"color: #ff6600;\">Entre ceux qui ont des maladies diplomatiques et toi qui te force certainement de trop, il y a de la marge, pourquoi te fatigues-tu \u00e0 ce point, il y a des limites m\u00eame \u00e0 la plus grande \u00e9nergie. Ce n\u2019est pas pour te bl\u00e2mer des efforts que tu fais pour te maintenir mais quel int\u00e9r\u00eat as-tu \u00e0 sortir plus vite de l\u2019\u00e9cole ?<\/span><br \/>\nD\u00e9cidemment le temps continue \u00e0 \u00eatre \u00e0 la pluie, je ne crois pas que je sorte. Cela ne me dis pas grand-chose.<br \/>\nJe vais rester travailler au coin du feu. J\u2019ai toujours beaucoup \u00e0 faire. Je ne sais comment cela se fait ! Mais je ne parviens jamais \u00e0 remplir le programme que je me trace ! Heureusement cela m\u2019occupe !<br \/>\nJe te quitte mon ch\u00e9ri en t\u2019embrassant bien tendrement, que j\u2019aimerais me blottir contre toi, chercher en toi l\u2019appui, la protection que j\u2019\u00e9tais habitu\u00e9e\u00a0\u00e0 trouver, que ce serait bon d\u2019oublier pour quelques instants l\u2019heure pr\u00e9sente, de s\u2019aimer comme autrefois sans songer \u00e0 demain. Encore une fois re\u00e7ois mes meilleurs baisers et les caresses de tes chers tout petits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout \u00e0 toi.<br \/>\nEmilie<\/p>\n<br \/><g:plusone size=\"\" href=\"https%3A%2F%2Flettresoubliees1418.fr%2Fwordpress%2F2011%2F07%2Flettre-du-26-mars-1917-demilie-sibaud%2F\"><\/g:plusone>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vincennes, le 26 mars 1917 Lundi matin \u00a0 Mon ch\u00e9ri, Je viens de recevoir ce matin ta carte qui aurait d\u00fb me parvenir hier au courrier de 3h \u00bd, mais comme\u00a0 le dimanche il n\u2019y en a que le matin, &hellip; <a href=\"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/2011\/07\/lettre-du-26-mars-1917-demilie-sibaud\/\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4],"tags":[17,27,26,104,48,29,95,28],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/827"}],"collection":[{"href":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=827"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/827\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":829,"href":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/827\/revisions\/829"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=827"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=827"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=827"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}