{"id":624,"date":"2011-05-31T11:21:47","date_gmt":"2011-05-31T09:21:47","guid":{"rendered":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/?p=624"},"modified":"2011-05-23T23:26:07","modified_gmt":"2011-05-23T21:26:07","slug":"lettre-du-8-mars-1917-demilie-sibaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/2011\/05\/lettre-du-8-mars-1917-demilie-sibaud\/","title":{"rendered":"Lettre du 8 mars 1917 d&rsquo;Emilie Sibaud"},"content":{"rendered":"<h4>Vincennes, le 8 mars 1917<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon ch\u00e9ri,<br \/>\nJe n\u2019ai pas eu le plaisir de te lire ce matin, ce sera sans doute comme hier \u00e0 3h. J\u2019ai h\u00e2te de savoir si tu as maintenant re\u00e7u mes lettres du 2, 3, 4 etc.<br \/>\nJe suis bien contente que les interrogations se soient bien pass\u00e9es. Tu me dis qu\u2019il fait doux, les arbres sont en fleurs ! Ici nous avons de la neige ! Par les rideaux ouverts, j\u2019aper\u00e7ois les toits tout blancs. Yves regarde et fait ses r\u00e9flexions, petite s\u0153ur repose dans son lit, <span style=\"color: #800080;\">que les journ\u00e9es semblent tristes et longues, je me sens, prise, envelopp\u00e9e de m\u00e9lancolie. Il y a des jours o\u00f9 je d\u00e9sesp\u00e8re de voir jamais la fin de nos peines, la vie est trop b\u00eate, alors que tout nous souriait, il faut cette guerre, c\u2019est absurde ! Ne pas m\u00eame pouvoir venir voir ta toute petite !<\/span> Si tu savais comme elle est gentille, tu m\u2019\u00e9cris qu\u2019en voyant les arbres en fleur tu te disais que cela ne pouvait pas mal aller. Pour cela tu avais raison. Moi aussi en voyant Yves et la petite, si beaux b\u00e9b\u00e9s, en voyant que tout s\u2019est bien pass\u00e9, je veux esp\u00e9rer encore ; je me dis que c\u2019est un cauchemar que d\u2019autres beaux jours suivront pour nous ! N\u2019importe je me sens vieille de caract\u00e8re, les jours heureux me semblent loin dans le pass\u00e9 !<br \/>\nArmelle est venue me voir hier, elle a pass\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi ; elle a \u00e9t\u00e9 courageuse malgr\u00e9 la neige de venir, elle a aussi du courage son mari a eu des [\u2026] dans les oreilles, maintenant il en a dans les genoux, il se fait des id\u00e9es plut\u00f4t pas gaies ; il est aigri. Il souffre de l\u2019estomac et ne peut se soigner. Il para\u00eet que quand il est venu en permission, il a vu qu\u2019il \u00e9tait le seul de ses coll\u00e8gues encore sur le front ; tous les autres (pourtant gar\u00e7on !) sont les uns dans une r\u00e9serve, les autres \u00e0 l\u2019arm\u00e9e ; enfin \u00e7a ne va pas, Armelle m\u2019a charg\u00e9e de la rappeler \u00e0 ton bon souvenir ainsi que son mari. <span style=\"color: #008080;\">Il a eu aussi un sol chaud et froid, il \u00e9tait parti seul pour je ne sais plus trop quoi, en passant dans une plaine, il a \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9 et bombard\u00e9. Il s\u2019est cach\u00e9 dans un trou o\u00f9 il avait de l\u2019eau jusqu\u2019\u00e0 la ceinture ; il y est rest\u00e9 tr\u00e8s longtemps ; quand il est sorti, il grelottait et avait perdu son binocle, impossible de se conduire ; il a mis 2 heures pour retrouver son cantonnement ! Il a eu un point au poumon, etc. et a \u00e9t\u00e9 soign\u00e9 dans une propri\u00e9t\u00e9 par des gens tr\u00e8s gentils, mais c\u2019est \u00e9gal, il est en mauvais \u00e9tat !<\/span><br \/>\nQuand tout cela finira-t-il ?<br \/>\nNous avons la carte de sucre. Je pense que nous aurons double ration pour la petite, nous avons d\u2019ailleurs des provisions d\u2019avance et puis cela n\u2019est rien, si seulement c\u2019\u00e9tait fini de se battre !<br \/>\nJ\u2019ai re\u00e7u une gentille lettre de Mme Codech\u00e8vre qui annonce sa prochaine visite et une autre de Mme Banaut m\u2019annon\u00e7ant aussi sa visite.<br \/>\nLa doctoresse vient toujours ; elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s gentille, c\u2019est elle qui me donne les soins tous les jours ; elle est tr\u00e8s enthousiaste d\u2019Yves, il est vrai qu\u2019il devient de plus en plus gentil et intelligent avec cela tr\u00e8s fort pour son \u00e2ge, ce qu\u2019il a chang\u00e9 depuis ton d\u00e9part, c\u2019est \u00e9norme.<br \/>\nJe me demande quand nous nous verrons. Crois-tu pouvoir venir \u00e0 P\u00e2ques ?<br \/>\nLe temps est bien long, 1 mois que tu es parti !<br \/>\nMaman va te mettre un colis avec pain d\u2019\u00e9pices, confiture, bo\u00eete p\u00e2t\u00e9, un peu de sucre, de l\u2019eau de Cologne ; as-tu encore de la cr\u00e8me ? Vois-tu quelque chose dont tu es besoin ? As-tu assez d\u2019argent ?<br \/>\nPetite Marcelle est toujours aussi sage, elle a d\u00e9j\u00e0 beaucoup pris, elle devient bien belle. Elle a d\u00e9j\u00e0 chang\u00e9 depuis 8 jours !<br \/>\nJ\u2019ai \u00e9crit \u00e0 Clermont. J\u2019ai re\u00e7u une tr\u00e8s gentille lettre de Marie. Je suis bien contente qu\u2019Oncle Emile t\u2019ait \u00e9crit. Il m\u2019a envoy\u00e9e une d\u00e9p\u00eache tout de suite au re\u00e7u de la notre.<br \/>\nJe voudrai te dire tant et tant de choses, t\u2019\u00e9crire tout le temps ! Est-ce que je t\u2019ai dit un peu pr\u00e8s tout ce que tu voulais savoir pour la petite et pour nous ? Que je voudrais la voir dans tes bras ! Elle vous regarde avec ses grands yeux et tient sa petite t\u00eate bien droite, elle la tourne pour trouver les bruits, elle commence \u00e0 peler comme Yves avait fait ; c\u2019est moi qui lui fait sa toilette maintenant.<br \/>\nJ\u2019esp\u00e8re avoir une lettre de toi \u00e0 3 heures, j\u2019esp\u00e8re qu\u2019elle sera plus gaie que les derni\u00e8res, que tu auras re\u00e7u de mes nouvelles. Je suis si heureuse de te lire.<br \/>\n[\u2026]<br \/>\n<span style=\"color: #800080;\">Yves voudrait bien reprendre sa petite correspondance avec son papa caporal ; tous les jours il arrive avec un papier et un crayon pour t\u2019\u00e9crire. Crois-tu qu\u2019il m\u2019a dit qu\u2019il voulait aller te voir, qu\u2019il prendrait bien le chemin de fer tout seul ! Il dirait \u00ab je suis Yves Sibaud, je vais \u00e0 Valr\u00e9as voir mon papasonnedat, donnez-moi une place ! \u00bb et comme je lui disais que je resterais toute seule, il m\u2019a dit \u00ab <strong>papa aussi est seul, on ne peut pas laisser papa tout seul<\/strong>, toi tu auras la petite s\u0153ur et papa aura Yves, et puis je t\u2019\u00e9crirai ! \u00bb. Il est all\u00e9 pr\u00e9parer ses paquets.<\/span> Allons au revoir mon ch\u00e9ri, je t\u2019embrasse mille et mille fois. Nos deux petits t\u2019envoient leurs meilleurs baisers, leurs plus douces caresses ! Leur maman te rappelle encore que toutes ses pens\u00e9es sont pour toi, qu\u2019elle ne vit que dans l\u2019espoir de te voir, que la venue des deux petits adoucit un tout petit peu sa peine, puisque c\u2019est un peu ton image. Encore des baisers bien affectueux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\nTout \u00e0 toi.<br \/>\nEmilie<\/p>\n<br \/><g:plusone size=\"\" href=\"https%3A%2F%2Flettresoubliees1418.fr%2Fwordpress%2F2011%2F05%2Flettre-du-8-mars-1917-demilie-sibaud%2F\"><\/g:plusone>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vincennes, le 8 mars 1917 &nbsp; Mon ch\u00e9ri, Je n\u2019ai pas eu le plaisir de te lire ce matin, ce sera sans doute comme hier \u00e0 3h. 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