{"id":8,"date":"2011-03-26T17:02:15","date_gmt":"2011-03-26T17:02:15","guid":{"rendered":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/?page_id=8"},"modified":"2011-03-30T20:58:37","modified_gmt":"2011-03-30T20:58:37","slug":"lhistoire-dune-famille","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/lhistoire-dune-famille\/","title":{"rendered":"L&rsquo;histoire d&rsquo;une famille"},"content":{"rendered":"<h3><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-15\" title=\"Marcel et Emilie - 1912\" src=\"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/IMG_2130-640x480-150x150.jpg\" alt=\"Marcel et Emilie - 1912\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Marcel Sibaud et Emilie Sibaud n\u00e9e Bellet<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marcel (n\u00e9 en 1886) a connu Emilie (n\u00e9e en 1889) quand elle avait six ans et lui neuf.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marcel est d&rsquo;origine auvergnate (il existait encore au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, la tombe familiale \u00e0 Sainte-Alyre),\u00a0\u00a0 Emilie, par sa m\u00e8re, est d&rsquo;origine bretonne. A quatorze ans, pour des raisons familiales, Emilie part s&rsquo;\u00e9tablir \u00e0 Quimperl\u00e9 avec sa m\u00e8re, mais les deux amis d&rsquo;enfance continuent \u00e0 s\u2019\u00e9crire, d\u00e9j\u00e0 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un amour est n\u00e9 entre eux qui ne se d\u00e9mentira jamais. La mort les s\u00e9parera bien s\u00fbr mais Marcel, jusqu&rsquo;\u00e0 son dernier souffle, pensera \u00e0 sa ch\u00e8re Emilie. Cette constance se traduit donc pr\u00e9cocement. Demand\u00e9e trois fois en mariage (notamment par un officier de marine) et sa m\u00e8re souhaitait que ce mariage se fasse, Emilie refuse obstin\u00e9ment. Des lettres de l&rsquo;\u00e9poque\u00a0 dans lesquelles les deux jeunes gens se vouvoient encore, l&rsquo;attestent, Emilie attend son Marcel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la m\u00e8re d&rsquo;Emilie, Marie Yvonne Bellet n\u00e9e J\u00e9gouzo, femme au caract\u00e8re bien tremp\u00e9 qui m\u00e8ne seule son commerce, une femme d\u00e9j\u00e0 \u00e9mancip\u00e9e, souhaite que sa fille \u00e9pouse un officier de marine, ce n&rsquo;est pas pour la contrarier mais seulement pour lui assurer une \u00ab\u00a0situation\u00a0\u00bb. Sa propre histoire familiale peut d&rsquo;ailleurs expliquer son attitude. \u00ab\u00a0Une situation\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque on ne fait pas sa demande en mariage si elle n&rsquo;est pas assur\u00e9e. Du moins, c&rsquo;est ce que pense Marcel. Lui, il voulait faire \u00ab\u00a0Polytechnique\u00a0\u00bb. Son p\u00e8re ador\u00e9, Joseph, postier dans les chemins de fer mais qui lisait Tacite en latin comme livre de chevet et sa m\u00e8re, Marie (n\u00e9e Brisset), forte femme elle aussi, directrice d&rsquo;une \u00e9cole qu&rsquo;elle a cr\u00e9\u00e9e et o\u00f9 son fils fit ses premi\u00e8res armes, n&rsquo;ont pas les moyens de lui payer de longues \u00e9tudes.\u00a0 A vingt-cinq ans, Marcel tient, enfin, sa situation Il rentre comme \u00ab\u00a0commis\u00a0\u00bb \u00e0 la Caisse des D\u00e9p\u00f4ts et Consignations dont il finira sous-directeur. Il fait sa demande, et Marcel et Emilie se marient \u00e0 Paris en 1911. Gendre attentionn\u00e9 et d\u00e9vou\u00e9 comme il le fut d&rsquo;ailleurs tout au long de son existence vis-\u00e0-vis de sa famille au sens large, sa belle-m\u00e8re vivra et mourra chez ce couple jusqu&rsquo;en 1939.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le couple s&rsquo;installa \u00e0 Vincennes jusqu&rsquo;\u00e0 leur d\u00e9m\u00e9nagement apr\u00e8s la Grande Guerre, \u00e0 Paris, boulevard Saint-Germain des Pr\u00e9s. Il leur fallait un domicile\u00a0 plus spacieux car la famille va s&rsquo;agrandir. En effet, trois enfants naissent de cette union :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-18\" title=\"Yves, Monique, Mme Bellet, Emilie et Suzette - 1926\" src=\"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/IMG_2070-640x480-150x150.jpg\" alt=\"Yves, Monique, Mme Bellet, Emilie et Suzette - 1926\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Le 31 ao\u00fbt 1914, Yves (\u00ab petit ch\u00e9ri \u00bb). Yves appellera son p\u00e8re \u00ab soldat \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 1er\u00a0 mars 1917,\u00a0 Marcelle Suzanne (\u00ab s\u0153urette \u00bb). Elle fut appel\u00e9e Marcelle car son p\u00e8re \u00e9tait alors \u00e0 la guerre et plus tard, tout le monde l&rsquo;appellera \u00ab\u00a0Suzette\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 5 janvier 1920, Monique que l&rsquo;on appellera aussi \u00ab\u00a0la moune\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3><img loading=\"lazy\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-17\" title=\"Marcel en soldat - 1918\" src=\"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/IMG_2134-640x480-150x150.jpg\" alt=\"Marcel en soldat - 1918\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Marcel Sibaud, le soldat<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marcel est un cavalier contrari\u00e9, du\u00a0 cheval il en fera toute sa vie mais il voulait \u00e0 toute force faire son service militaire dans la cavalerie. Il en sera r\u00e9form\u00e9 pour cause de furoncles mal plac\u00e9s (d\u00e9tail trivial mais qui compte dans une vie). C&rsquo;est donc comme fantassin dans l&rsquo;<a title=\"Troupes coloniales\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Troupes_coloniales#Premi.C3.A8re_Guerre_mondiale_et_suites\" target=\"_blank\">infanterie coloniale<\/a> qu&rsquo;il fera la Grande Guerre, ce sera un <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Troupes_de_marine_fran%C3%A7aise#Transformation_en_troupes_coloniales\" target=\"_blank\">\u00ab\u00a0marsouin\u00a0\u00bb<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il participe, notamment, \u00e0 la seconde bataille du\u00a0 chemin des Dames, lors de la derni\u00e8re et terriblement meurtri\u00e8re offensive allemande. Pour ses hommes, en majeure partie des <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tirailleurs_s%C3%A9n%C3%A9galais#Lors_de_la_Premi.C3.A8re_Guerre_mondiale\" target=\"_blank\">tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais<\/a>, il est le \u00ab\u00a0grand lieutenant\u00a0\u00bb avec la \u00ab\u00a0baraka\u00a0\u00bb (la taille \u00e9videmment, 185 cm mais sans doute aussi le courage). En effet, lors des \u00ab\u00a0coups de main\u00a0\u00bb, il \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 pour revenir toujours avec tous ses hommes au complet. Comme officier, il avait un jugement nuanc\u00e9 sur ses coll\u00e8gues d&rsquo;autres nationalit\u00e9s, russes notamment, car fait peu connu des soldats russes partageaient les tranch\u00e9es avec les \u00ab\u00a0poilus\u00a0\u00bb. C&rsquo;est surtout \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard\u00a0 des officiers anglais qu&rsquo;il manifestait une certaine r\u00e9serve, alors que lui recherchait ses hommes bless\u00e9s, il constatait que les anglais n&rsquo;y mettaient pas la m\u00eame ardeur, il en \u00e9tait choqu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au chemin des Dames, il \u00e9prouve mais en l&rsquo;\u00e9voquant avec beaucoup de pudeur, l&rsquo;univers terrifiant et sordide des tranch\u00e9es. Des tranch\u00e9es o\u00f9 lorsqu&rsquo;il s&rsquo;y installe, les cadavres de la premi\u00e8re bataille sont toujours l\u00e0. Il y d\u00e9couvre aussi l&rsquo;horreur et l&rsquo;angoisse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sens du devoir, absence d&rsquo;imagination, l&rsquo;officier Marcel Sibaud, n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9tats d&rsquo;\u00e2mes devant un ennemi qu&rsquo;il faut tuer. Par contre, il se r\u00e9veille la nuit en proie \u00e0 des probl\u00e8mes de conscience : au petit matin, \u00e0 l&rsquo;heure de l&rsquo;assaut, le chronom\u00e8tre en main pour d\u00e9clencher l&rsquo;attaque, ce n&rsquo;est pas la peur de s&rsquo;\u00e9lancer qui le taraude mais son obligation d&rsquo;officier d&rsquo;abattre sur le champ l&rsquo;un de ses hommes s&rsquo;il se refusait \u00e0 sortir de la tranch\u00e9e en sautant le parapet. Cela ne s&rsquo;est jamais produit, ses hommes lui faisaient confiance, il avait la baraka.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette baraka l&rsquo;accompagnera jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de cette bataille mais pas ses hommes. A l&rsquo;aube il sort de l&rsquo;abri, un bombardement \u00e0 l&rsquo;yp\u00e9rite s&rsquo;abat sur sa tranch\u00e9e, il en sort indemne mais pas un des ses hommes ne sortira vivants de l&rsquo;abri, ils sont morts gaz\u00e9s. L&rsquo;officier Marcel Sibaud n&rsquo;\u00e9voquera jamais l&rsquo;horreur physique de cette mort affreuse mais exprimera le remord poignant et injustifi\u00e9 d&rsquo;avoir en quelque sorte fait faux bond \u00e0 ses tirailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-19\" title=\"Annonce de la blessure - octobre 1918\" src=\"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/IMG_2210-150x150.jpg\" alt=\"Annonce de la blessure - octobre 1918\" width=\"150\" height=\"150\" \/>La baraka toujours. Il finit par \u00eatre bless\u00e9, une balle de mitrailleuse le touche au bras droit, elle n&rsquo;atteint pas l&rsquo;os et n&rsquo;en fait que le tour. Bless\u00e9 \u00e0 9h00 matin, il est pris en charge m\u00e9dicalement \u00e0 11h00 du soir, entretemps il s&rsquo;est fait lui-m\u00eame un garrot. Il annoncera cette nouvelle \u00e0 son Emilie en \u00e9crivant de la main gauche. Comme beaucoup de femmes de soldat, elle aura cette r\u00e9action de regretter que la blessure ne fut pas plus grave, elle pr\u00e9f\u00e9rait revoir son Marcel, un bras en moins plut\u00f4t que pas du tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Croix de Guerre qu&rsquo;il recevra par correspondance, puis l\u00e9gion d&rsquo;Honneur t\u00e9moigneront de la valeur du soldat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce protestant non pratiquant et agnostique a toujours estim\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;avait fait que son devoir comme beaucoup d&rsquo;autres et qu&rsquo;il avait eu de la chance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant sa convalescence, il est commis avocat de la d\u00e9fense dans un tribunal militaire. S&rsquo;il n&rsquo;a jamais personnellement eu vent\u00a0 des mutineries de 1917, il a donc connu des faits de d\u00e9sertion et de pillage. Il d\u00e9fendra un \u00ab\u00a0pauvre bougre de soldat\u00a0\u00bb comme il disait. Retrouv\u00e9 errant et d\u00e9sorient\u00e9 dans les ruines d&rsquo;un village, poussant un landau d&rsquo;enfant rempli de lingerie, d&rsquo;un saucisson et d&rsquo;une pendule, ce soldat, malgr\u00e9 les efforts de l&rsquo;avocat Sibaud, sera fusill\u00e9 pour d\u00e9sertion. L&rsquo;officier Sibaud ne supporte plus ce r\u00f4le qu&rsquo;on lui fait jouer et ce n&rsquo;est pas le mince avantage de pouvoir se rendre \u00e0 cheval au tribunal qui le dissuadera de le quitter. Il part donc dans la Sarre avec les troupes d&rsquo;occupation et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il termine la guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soldat Sibaud\u00a0 ne voudra jamais \u00eatre \u00ab\u00a0militaire\u00a0\u00bb et pourtant lors de la d\u00e9mobilisation, il lui a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 comme \u00e0 d&rsquo;autres de devenir officier \u00ab\u00a0d&rsquo;active\u00a0\u00bb et d&rsquo;y progresser en grade, il sera r\u00e9serviste et progressera \u00e0 ce titre. Chevalier de la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur, il refusera obstin\u00e9ment d&rsquo;\u00eatre promu officier, il voulait l&rsquo;\u00eatre \u00e0 titre militaire et non civil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ancien combattant, Marcel Sibaud l&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 par la force des choses mais il ne l&rsquo;a jamais revendiqu\u00e9 par la suite. De cette Grande Guerre, au fil des ans il ne gard\u00e2t que les aspects positifs, la camaraderie des tranch\u00e9es, l&rsquo;esprit de corps et non pas l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme mais la fiert\u00e9 d&rsquo;avoir pay\u00e9 son d\u00fb \u00e0 la Nation. L&rsquo;horreur il n&rsquo;en parl\u00e2t gu\u00e8re ou avec r\u00e9serve. Il dut sans doute comme les autres ressentir la dure r\u00e9alit\u00e9 du retour \u00e0 la vie civile, pour l&rsquo;anecdote il va perdre les cinq kilos acquis durant sa guerre !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marcel Sibaud, meurt le 19 mars 1979. Selon ses derni\u00e8res volont\u00e9s, il est enterr\u00e9 sans fleurs ni couronnes\u00a0 et sans c\u00e9r\u00e9monie, il a \u00e9t\u00e9 rev\u00eatu pour son dernier voyage, de sa vareuse de chef de bataillon honoraire avec \u00e9pingl\u00e9es dessus ses deux d\u00e9corations. Il repose au cimeti\u00e8re du P\u00e8re La Chaise aux c\u00f4t\u00e9s de sa ch\u00e8re Emilie, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 son incommensurable d\u00e9sespoir dix ans avant lui, le laissant veuf inconsolable d&rsquo;un tendre amour de quatre-vingt quatre ann\u00e9es.<\/p>\n<h3>Transmission aux g\u00e9n\u00e9rations futures<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">La transmission de la m\u00e9moire est tributaire du temps qui passe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T\u00e9moignages oraux directs mais qui s&rsquo;\u00e9rodent au travers de deux g\u00e9n\u00e9rations, t\u00e9moignages \u00e9crits qui disparaissent ou parfois r\u00e9apparaissent, t\u00e9moignages des documents et objets qui se d\u00e9gradent in\u00e9vitablement. De plus, \u00ab\u00a0\u00e0 chacun sa v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. La m\u00e9moire des faits pass\u00e9s, leur interpr\u00e9tation, ressortent d&rsquo;un tamis sp\u00e9cifique \u00e0 chacun des d\u00e9positaires de cette m\u00e9moire, chacun de ces d\u00e9positaires n&rsquo;ayant re\u00e7u qu&rsquo;une partie du d\u00e9p\u00f4t, \u00e0 des p\u00e9riodes diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marcel a entretenu le souvenir de la Grande Guerre, Emilie celui de \u00ab\u00a0l&rsquo;arri\u00e8re\u00a0\u00bb ; le soldat a racont\u00e9 ses souvenirs des tranch\u00e9es, Emilie ses souvenirs de la Grosse Bertha et de l&rsquo;angoisse de la m\u00e8re de famille attendant chaque jour la funeste nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce fut d&rsquo;abord aux trois enfants que le souvenir fut transmis. Ils ont eux-m\u00eames d\u00fb assurer cette cha\u00eene avec leurs propres enfants. Ce sont eux qui sont les derniers d\u00e9tenteurs des t\u00e9moignages directs aujourd&rsquo;hui. Yves et Suzette sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, Monique est rentr\u00e9e dans le grand \u00e2ge o\u00f9 la m\u00e9moire fait d\u00e9faut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-10\" title=\"Monique en pierrot - 1926\" src=\"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/IMG_2058-640x480-150x150.jpg\" alt=\"Monique en pierrot - 1926\" width=\"150\" height=\"150\" \/>N\u00e9e en 1920, c&rsquo;est sans doute elle, la petite derni\u00e8re, qui fut paradoxalement la plus entretenue dans ce souvenir \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 ses a\u00een\u00e9s commen\u00e7aient \u00e0 avoir d&rsquo;autres pr\u00e9occupations. Son p\u00e8re la prenait sur ses genoux et lui jouait la <em>Marseillaise<\/em> au piano, le dimanche avec sa grand-m\u00e8re elle brossait la vareuse et plus l&rsquo;illusion de la der des der s&rsquo;\u00e9loignait, plus les souvenirs s&rsquo;\u00e9grenaient comme une conjuration oppos\u00e9e au spectre d&rsquo;un nouveau conflit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 11 novembre 1940, les \u00e9tudiants veulent honorer la tombe du soldat inconnu \u00e0 l&rsquo;Arc de triomphe avec la r\u00e9pression que l&rsquo;on sait. Monique y va ind\u00e9pendamment avec son p\u00e8re. Outr\u00e9e par les violences faites aux \u00e9tudiants, elle proteste, la police fran\u00e7aise veut l&rsquo;arr\u00eater, elle ne doit son salut qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intervention de son p\u00e8re. Celui-ci s&rsquo;adresse \u00e0 un officier allemand d&rsquo;un certain \u00e2ge, ancien combattant de la Grande Guerre, ces deux-l\u00e0 en d\u00e9pit de toutes les inimiti\u00e9s ont connu des souffrances identiques et c&rsquo;est au nom de cette m\u00e9moire que l&rsquo;officier allemand ordonne aux policiers fran\u00e7ais de rel\u00e2cher Monique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois ans plus tard, Marcel sauvera dans des conditions absolument identiques, une de ses employ\u00e9es de la Caisse des D\u00e9p\u00f4ts et Consignations, arr\u00eat\u00e9e pour avoir transport\u00e9 des tracts \u00ab\u00a0subversifs\u00a0\u00bb dans la sacoche de son v\u00e9lo. Alert\u00e9, il se rend sans complexe directement \u00e0 la Gestapo et, toujours la baraka, rencontre un officier allemand ancien de la Premi\u00e8re guerre, excipant qui plus est de sa qualit\u00e9 de haut-fonctionnaire, il repart avec son employ\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marcel est un pur \u00ab\u00a0radical\u00a0\u00bb de la troisi\u00e8me r\u00e9publique, l\u00e9galiste et haut-fonctionnaire, il se tiendra pourtant toujours \u00e9loign\u00e9 du p\u00e9tainisme sans approuver pour autant De Gaulle. A titre familial, il cachera et prot\u00e9gera sa belle-fille juive sans pouvoir sauver ses parents, arr\u00eat\u00e9s par la police fran\u00e7aise, intern\u00e9s \u00e0 Drancy, d\u00e9port\u00e9s \u00e0 Auschwitz dont ils ne reviendront pas, s&rsquo;ils n&rsquo;y sont jamais arriv\u00e9s. Le p\u00e8re \u00e9tait aussi combattant de 14-18 et croix de guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marcel et Emilie eurent huit petits-enfants qu&rsquo;ils connurent tous et tous \u00e9tant encore de ce monde aujourd&rsquo;hui. Ils sont chacun d\u00e9positaires d&rsquo;une parcelle de cette m\u00e9moire \u00e0 des degr\u00e9s divers, les souvenirs de la Grande Guerre sont r\u00e9partis entre eux, Marcel fit enfin don de son abondante correspondance, notamment de guerre, ainsi que d&rsquo;une importante collection de photographies anciennes au dernier n\u00e9 de ses petits-enfants. Deux de ses petits-fils firent leur service militaire dans les fusiliers marins, je crois, comme officiers dans la tradition de deux oncles de leur grand-p\u00e8re, Emile et Ir\u00e9n\u00e9e, tous deux aussi officiers de marine dans les ann\u00e9es 1880 notamment au Tonkin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;avenir dira comment cette transmission d&rsquo;une m\u00e9moire familiale recoupant la m\u00e9moire nationale en 14-18, s&rsquo;effectuera. Jusqu&rsquo;alors avec tout l&rsquo;aspect lacunaire caus\u00e9 par le passage du temps, cette transmission existe encore, l&rsquo;auteure de ce site en \u00e9tant une manifestation puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une arri\u00e8re-petite-fille. Qu&rsquo;en sera-t-il par la suite\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #993366;\"><strong>Texte : Eric Fran\u00e7ois &#8211; Petit-fils de Marcel et Emilie Sibaud, fils de Ren\u00e9 et Monique Fran\u00e7ois.<\/strong><\/span><\/p>\n<br \/><g:plusone size=\"\" href=\"https%3A%2F%2Flettresoubliees1418.fr%2Fwordpress%2Flhistoire-dune-famille%2F\"><\/g:plusone>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marcel Sibaud et Emilie Sibaud n\u00e9e Bellet Marcel (n\u00e9 en 1886) a connu Emilie (n\u00e9e en 1889) quand elle avait six ans et lui neuf. 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