{"id":789,"date":"2011-07-02T11:31:57","date_gmt":"2011-07-02T09:31:57","guid":{"rendered":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/?p=789"},"modified":"2011-07-01T19:34:23","modified_gmt":"2011-07-01T17:34:23","slug":"lettre-du-21-mars-1917-demilie-sibaud","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/2011\/07\/lettre-du-21-mars-1917-demilie-sibaud\/","title":{"rendered":"Lettre du 21 mars 1917 d&rsquo;Emilie Sibaud"},"content":{"rendered":"<h4>Vincennes, le 21 mars 1917<br \/>\nMercredi matin<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon ch\u00e9ri,<br \/>\nJ\u2019ai re\u00e7u hier \u00e0 3h \u00bd deux lettres de toi, une dat\u00e9e du 16 l\u2019autre du 17 parties toutes les deux le 18de Valr\u00e9as. Mais j\u2019avais eu le plaisir lundi de recevoir ta carte de dimanche.<br \/>\nPour les premiers jours de printemps on ne peu pas dire qu\u2019il fasse beau, du vent beaucoup, de temps en temps un rayon de soleil, puis une giboul\u00e9e, il ne fait pas tr\u00e8s froid pourtant et j\u2019ai bien h\u00e2te de pouvoir sortir, hier apr\u00e8s-midi je suis rest\u00e9e au moins 2 heures sur le fauteuil. Je suis plus forte que les jours pr\u00e9c\u00e9dents.<br \/>\nNos succ\u00e8s continuent para\u00eet-il, pourvu que le temps n\u2019aille pas emp\u00eacher notre avanc\u00e9e, on n\u2019ose trop esp\u00e9rer et puis je ne puis m\u2019emp\u00eacher de songer \u00e0 ceux qui tombent et n\u2019importe aucun succ\u00e8s ne peut contrebalancer ce chagrin de tant et tant de gens qui souffrent. Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00ab militaire \u00bb, le mot de guerre m\u2019a toujours fait trembler, ce n\u2019est pas aujourd\u2019hui que je vais changer ! H\u00e9las ! Non, au moment o\u00f9 nous sommes s\u00e9par\u00e9s, je t\u2019assure qu\u2019il y a des heures bien tristes, comme toi, l\u2019incertitude du lendemain m\u2019enl\u00e8ve toute joie \u00e0 faire quoi que ce soit ; ce que je fais, je le fais par devoir ou par habitude et tant de petites choses, qui me seraient agr\u00e9ables, ne me donnent que regrets et peines, aussi en m\u2019occupant de s\u0153urette, j\u2019ai plus envie de pleurer que de rire, plus je la vois mignonne et jolie, plus je songe que tu n\u2019es pas l\u00e0 pour la voir, tout ce que je fais ram\u00e8ne forc\u00e9ment ma pens\u00e9e vers toi. Je t\u2019ai dit bien des fois et ce n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9 que je vivais pour toi, du jour o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 fianc\u00e9s, je me suis sentie chang\u00e9e, transform\u00e9e ; je n\u2019ai plus pens\u00e9 ni vu comme auparavant. J\u2019ai essay\u00e9 de me rapprocher de ta fa\u00e7on de voir, de penser ; parfois lorsque jetant un coup d\u2019\u0153il en arri\u00e8re, je r\u00e9fl\u00e9chis, je m\u2019\u00e9tonne d\u2019avoir pu vivre avant, positivement je crois que c\u2019est une autre moi-m\u00eame qui existait alors ; s\u00e9par\u00e9e de toi, je suis un peu comme un corps sans \u00e2me et croirais-tu, oui, que je prends mon r\u00f4le de maman au s\u00e9rieux. Je reprends Yves chaque fois qu\u2019il fait quelque chose de mal pourtant cela m\u2019est dur. Je le fais pour toi, je ne veux pas que tu trouves un petit mal \u00e9lev\u00e9 en revenant. Je veux que tu vois que tu penses avoir confiance en moi pour le surveiller pendant ton absence et c\u2019est dur de refuser quelque chose quand on vient mettre pr\u00e8s du votre un gentil visage c\u00e2lin en vous embrassant et avec des \u00ab s\u2019il-te-pla\u00eet ma petite maman \u00bb. Comme tu dois souffrir (et comme je souffre pour toi !) d\u2019\u00eatre seul, loin de nous tous. Moi j\u2019ai les deux petits \u00e0 ch\u00e9rir doublement, mais toi, tu as beau \u00eatre courageux, \u00e7a ne peut \u00eatre sans regret que tu songes \u00e0 la maison que tu t\u2019\u00e9tais faite selon tes go\u00fbts et les miens. Notre int\u00e9rieur cr\u00e9\u00e9 pi\u00e8ce apr\u00e8s pi\u00e8ce par nous deux, que nous avons tant de plaisir \u00e0 enjoliver petit \u00e0 petit, et crois qu\u2019il est bien triste notre chez nous sans ta ch\u00e8re pr\u00e9sence. Tu dis : la guerre a tout chang\u00e9 et nous reporte aux temps anciens ; oui elle a tout chang\u00e9 : les gens et les choses. Pourrons-nous jamais retrouver les beaux jours d\u2019autrefois ? Mon Dieu, retrouver seulement le calme, vivre sans craindre demain. Comme je voudrais te faire douce la vie de demain, comme je regrette de n\u2019avoir pas toujours \u00e9t\u00e9 ce que j\u2019aurais pu \u00eatre bien des fois, comme les petites peines que je t\u2019aie faites, je les regrette am\u00e8rement ; qu\u2019\u00e9tait-ce que ces petits choses ?<br \/>\nMais je m\u2019aper\u00e7ois que j\u2019\u00e9cris beaucoup pour te dire des choses que j\u2019ai d\u00fb te dire bien des fois, que je m\u2019appesantis sur mes regrets ! Et que cela n\u2019avance \u00e0 rien, ce n\u2019est pas cela que je devrais t\u2019\u00e9crire. Je devrais ne pas penser si loin, te dire seulement la joie que j\u2019aurai \u00e0 te voir \u00e0 P\u00e2ques, ne penser qu\u2019\u00e0 demain et non pas \u00e0 apr\u00e8s-demain, ce \u00e0 quoi me pousse toujours mon caract\u00e8re pessimiste ; malheureusement on ne se change pas ! Mais voyons voici la fin de ma lettre et je n\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 rien de ce que tu me disais. Pour revenir un peu \u00e0 tes questions si cela ne t\u2019encombre pas trop des \u0153ufs frais seraient les bienvenus \u00e0 P\u00e2ques\u2026 ce serait tout \u00e0 fait de saison, des \u00ab \u0153ufs de P\u00e2ques ! \u00bb. Je ne puis m\u2019emp\u00eacher de me rappeler d\u2019un certain cadeau de P\u00e2ques, un petit nid que tu m\u2019avais offert il y a 6 ans. Te souviens-tu ? J\u2019avais \u00e9t\u00e9 te chercher \u00e0 la gare, notre voyage en voiture le long de la route de Carnoy, par une belle matin\u00e9e d\u2019avril. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 loin ! Pourtant comme me disait ce pauvre Pierre Mollo, si gentiment d\u2019ailleurs, \u00ab vous \u00eates jeunes tous les deux, vous aurez encore de bien beaux jours. Je vous assure que c\u2019est encore plus dur de sentir celui ou celle que l\u2019on aime, devenir indigne de vous, \u00e0 dire que c\u2019est fini, que d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9s. J\u2019ai bien souffert de la s\u00e9paration mais je souffre encore plus aujourd\u2019hui, je me sens vieux, fini ! Ah, si je n\u2019avais pas mon petit Ren\u00e9 ! Les tranch\u00e9es me seraient indiff\u00e9rentes ! \u00bb. Il me semble \u00e0 moi que je ne pense pas ainsi, chacun voit selon son cas. Mais me voil\u00e0 encore repartie loin, au lieu de r\u00e9pondre \u00e0 tes lettres. J\u2019y renonce, tu me pardonneras mes longs \u00ab palabres \u00bb, tu te dirais qu\u2019\u00e0 force de penser seule toujours, j\u2019\u00e9prouve le besoin de venir me confier \u00e0 toi, mon aim\u00e9. Je t\u2019aime mon ch\u00e9ri et cela m\u2019est si dur de ne pas pouvoir te dire. Je te quitte pour ce matin, nos deux petits anges se joignent \u00e0 moi pour t\u2019envoyer nos bien tendres baisers et leurs plus douces caresses.<br \/>\nTout \u00e0 toi.<br \/>\nEmilie<\/p>\n<br \/><g:plusone size=\"\" href=\"http%3A%2F%2Flettresoubliees1418.fr%2Fwordpress%2F2011%2F07%2Flettre-du-21-mars-1917-demilie-sibaud%2F\"><\/g:plusone>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vincennes, le 21 mars 1917 Mercredi matin &nbsp; Mon ch\u00e9ri, J\u2019ai re\u00e7u hier \u00e0 3h \u00bd deux lettres de toi, une dat\u00e9e du 16 l\u2019autre du 17 parties toutes les deux le 18de Valr\u00e9as. Mais j\u2019avais eu le plaisir lundi &hellip; <a href=\"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/2011\/07\/lettre-du-21-mars-1917-demilie-sibaud\/\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4],"tags":[17,27,104,20,29,91],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/789"}],"collection":[{"href":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=789"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/789\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":791,"href":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/789\/revisions\/791"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=789"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=789"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=789"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}