{"id":1080,"date":"2011-11-08T10:58:48","date_gmt":"2011-11-08T08:58:48","guid":{"rendered":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/?p=1080"},"modified":"2011-11-05T19:01:54","modified_gmt":"2011-11-05T17:01:54","slug":"lettre-du-30-avril-1917-demilie-sibaud-au-soir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lettresoubliees1418.fr\/wordpress\/2011\/11\/lettre-du-30-avril-1917-demilie-sibaud-au-soir\/","title":{"rendered":"Lettre du 30 avril 1917 d&rsquo;Emilie Sibaud au soir"},"content":{"rendered":"<h4>Vincennes, le 30 avril 1917<br \/>\nLundi soir 10h \u00bd<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon ch\u00e9ri,<br \/>\nC\u2019est encore moi qui viens bavarder avec toi ce soir 10h \u00bd ! Je vais t\u2019emp\u00eacher de dormir, h\u00e9las ! non, car tu ne recevras ma lettre que dans deux jours. <span style=\"color: #800080;\">Ce soir peut-\u00eatre encore plus que les autres soirs, je te cherche. Pourquoi ? Je n\u2019en sais rien, j\u2019aurais pens\u00e9 que petit \u00e0 petit, sans m\u2019habituer \u00e0 ton absence, je souffrirais un peu moins de l\u2019\u00e9loignement mais je m\u2019aper\u00e7ois qu\u2019au contraire, au fur et \u00e0 mesure que les jours succ\u00e8dent aux jours, je suis plus triste. Cette apr\u00e8s-midi sur la pelouse ensoleill\u00e9e, tandis que maman s\u2019\u00e9tait \u00e9loign\u00e9e avec Yves, rest\u00e9e seule avec Marcelle, j\u2019avais de la peine \u00e0 retenir mes larmes. Ce soir, je puis bien pleurer \u00e0 ma guise, je suis seule, nos chers petits dorment de leur sommeil d\u2019ange, et je n\u2019ai pu r\u00e9sister \u00e0 venir t\u2019\u00e9crire. Il me semble qu\u2019alors, mes pens\u00e9es sont moins sombres, que je me rapproche un peu de toi.<\/span> O\u00f9 sont-ils les soirs d\u2019autrefois ? Que je me sens petite, que je voudrais \u00eatre pr\u00e8s de toi. Mais au lieu de te raconter un tas de choses pas gaies si je te parlais de nos tout petits.<br \/>\nAujourd\u2019hui il faisait beau, m\u00eame ti\u00e8de. Ce matin, nous avons port\u00e9 ta lettre, puis apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous avons \u00e9t\u00e9 au bois. S\u0153urette a \u00e9t\u00e9 sage comme un petit ange, elle est rest\u00e9e dans sa voiture bien gentiment. Nous faisions la causette de temps en temps toutes les deux, moi faisant les demandes et les r\u00e9ponses bien entendu ! Elle riait aux \u00e9clats, et commence \u00e0 dire des petits \u00ab la, la, reureu \u00bb. Yves avait emport\u00e9 son grand chariot, sa grande pelle, ses petits seaux, aussi a-t-il pioch\u00e9 toute l\u2019apr\u00e8s-midi. Il n\u2019a pas perdu l\u2019habitude de r\u00e9clamer de temps en temps une \u00ab petite excursion \u00bb, comme lorsqu\u2019il \u00e9tait petit le dimanche \u00e0 la pelouse, t\u2019en souviens-tu ? <span style=\"color: #800080;\">Au cours d\u2019une de ces promenades, il a rapport\u00e9 une petite violette qu\u2019il m\u2019a charg\u00e9 de t\u2019envoyer dans ma lettre, \u00ab notre lettre \u00bb comme il dit si bien, \u00ab tu diras \u00e0 papa que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 promener avec Tata que nous avons trouv\u00e9 une seule violette et que je te la donne pour papasonnedat. Quand s\u0153urette sera plus grande, elle en cueillera aussi, et alors \u00e0 nous deux on fera un gros bouquet ! \u00c7a sera beau beau \u00bb <\/span>; du moment que \u00e7a sera beau ! beau ! c\u2019est toujours beau avec Yves. Je m\u2019empresse de faire la commission. Je sais combien cette gentille attention de notre grand gar\u00e7on te fera plaisir. Sais-tu qu\u2019il devient pr\u00e9venant avec sa m\u00e8re, je suis arriv\u00e9e \u00e0 la pelouse un peu apr\u00e8s lui ayant pris un autre chemin \u00e0 cause de la voiture, il est accouru au devant de moi et m\u2019a aid\u00e9e \u00e0 pousser la voiture sur l\u2019herbe en me disant \u00ab attends va, maman c\u2019est trop dur pour toi, moi je suis grand, je vais t\u2019aider \u00bb. En arrivant \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 nous nous asseyons, il m\u2019a dit \u00ab tiens mais je ne t\u2019ai pas embrass\u00e9e en arrivant, j\u2019\u00e9tais tellement occup\u00e9 par la voiture \u00bb. Il devient tout \u00e0 fait int\u00e9ressant, quand je le gronde, car cela arrive, il me dit \u00ab pourquoi me dis-tu cela ! Tu es mignonne pourtant, faut pas me gronder, je serai sage \u00bb.<br \/>\nJe crois t\u2019avoir dit que nous avons eu la visite de ta m\u00e8re hier. Elle va de mieux en mieux, je crois que la voil\u00e0 bien remise, son entente l\u2019avait secou\u00e9, mais elle reprend maintenant et sa mine est bien meilleure qu\u2019il y a un mois. Elle semble avoir engraiss\u00e9. Elle a trouv\u00e9 petite s\u0153urette bien chang\u00e9e et grandie. Yves n\u2019a pas pu lui cacher son parapluie, elle n\u2019en avait pas, donc il a cach\u00e9 les gants ! Et quelle joie pour lui de nous voir les cherche, ses yeux nous les d\u00e9signaient sans le vouloir.<br \/>\nJe vais \u00e9crire un mot \u00e0 Armelle pour lui de mander des nouvelles de son mari. Elle \u00e9tait un peu inqui\u00e8te quand elle est venue passer l\u2019apr\u00e8s-midi. Je crois te l\u2019avoir dit n\u2019est-ce pas ? Il \u00e9tait pr\u00e8s de St-Quentin.<br \/>\nJe r\u00e9ponds aussi un mot de remerciement aux\u00a0 dames Oudard pour leur bonnet, que s\u0153urette ne mettra probablement pas, car il est bleu, et en laine pas bien jolie. Naturellement je ne parle pas de visite, je dis simplement le regret que j\u2019ai de ne pas les avoir vu, ni l\u2019une ni l\u2019autre. J\u2019adresserai ma lettre \u00e0 Mme Oudard bien que ce soit Laurence qui m\u2019ait \u00e9crit.<br \/>\nLe temps passe, les aiguilles tournent, voici d\u00e9j\u00e0 longtemps que le piano s\u2019est tu en bas, la rue est calme plus de trains. <span style=\"color: #800080;\">Je vais te quitter mon ch\u00e9ri pour aller dormir\u2026 seule dans notre grand lit, o\u00f9 je me sens bien petite. Va je t\u2019assure, allons, au revoir, o\u00f9 plut\u00f4t bonsoir mon aim\u00e9, que ne suis-je pr\u00e8s de toi pour te dire vraiment bonsoir, que ce sera bon de reprendre la vie d\u2019autrefois, l\u2019un pr\u00e8s de l\u2019autre. Tu dois, \u00e0 cette heure, dormir sans doute apr\u00e8s une journ\u00e9e fatigante.<\/span> Comment va ta t\u00eate ? Je t\u2019embrasse bien tendrement. Je t\u2019envoie mille et mille baisers, ne pouvant le faire r\u00e9ellement, que cette lettre te porte avec elle la petite violette cueillir par notre Yves, notre pens\u00e9e bien affectueuse et les v\u0153ux ardents que je forme pour le retour d\u00e9finitif !<br \/>\nA bient\u00f4t de tes bonnes nouvelles.<br \/>\nTout \u00e0 toi<\/p>\n<p>Emilie<\/p>\n<br \/><g:plusone size=\"\" href=\"http%3A%2F%2Flettresoubliees1418.fr%2Fwordpress%2F2011%2F11%2Flettre-du-30-avril-1917-demilie-sibaud-au-soir%2F\"><\/g:plusone>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vincennes, le 30 avril 1917 Lundi soir 10h \u00bd &nbsp; Mon ch\u00e9ri, C\u2019est encore moi qui viens bavarder avec toi ce soir 10h \u00bd ! 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